Après les 10 ans de The Witcher 3 l’année dernière, c’est maintenant au tour de Reigns, la célèbre licence de jeu de cartes à « swiper » comme sur Tinder, de souffler sa dixième bougie. Un double anniversaire lourd de sens, puisque sort aujourd’hui le mariage entre les deux franchises : Reigns The Witcher. Cette adaptation de la formule de Nerial à l’univers du sorceleur vaut-il le détour en attendant les prochaines productions de CD Projekt RED ?
Reigns The Witcher, développé par Nerial, édité par Devolver Digital, le tout en partenariat avec CD Projekt RED en personne, sort donc ce 25 février 2026 sur PC, mais également sur mobiles Android et iOS, des plateformes propices au format de ce rogue-lite « tactile », qui plus est à un tarif relativement abordable de 5,99 euros. Pour rappel, nous avions déjà eu droit à un premier contact avec le nouveau titre du studio le mois dernier, pendant quelques minutes. Il est maintenant temps de voir si ce premier a priori globalement positif se confirme ou non avec plus d’heures à notre actif dans la peau d’un Geralt tel qu’imaginé par ce bon vieux Jaskier.
Reigns The Witcher, ou la geste de Geralt par Jaskier façon Tinder
Afin d'adapter son ton parodique et humoristique ainsi que son style graphique si particulier à cette adaptation de l’univers dark fantasy d’Andrzej Sapkowski, Reigns The Witcher nous propose en effet d’incarner différentes versions du Loup Blanc, selon ce que son cher ami de barde a envie d’inventer pour attirer son public. En réalité, c’est donc la quête de popularité de Jaskier qui sert de fil rouge au récit de ce nouvel épisode de la franchise de Nerial, avec ce pauvre Geralt en tant que faire-valoir malgré lui. Il s’agit d’un twist plutôt habile par rapport à l’œuvre originale, puisqu’il y est déjà question d’histoires des aventures du sorceleur, bien des années/siècles après les véritables faits.

Ces péripéties prennent la forme de récits en fonction des inspirations de Jaskier. Au fil de sa montée en popularité, il va devoir trouver de plus en plus d’idées pour séduire son auditoire, et il faudra ainsi composer avec jusqu’à trois inspirations pour broder une nouvelle histoire. Celles-ci peuvent prendre des formes diverses, comme le simple fait de rester en vie le plus longtemps possible, de charmer son prochain, de tuer des monstres ou de devenir riche, entre autres exemples. Sauf que la simple quête de faire durer l’histoire le plus longtemps possible peut déjà être un défi plus difficile qu’on le pense.
Outre le fait qu’on incarne un Geralt romancé au lieu d’un souverain ou dirigeant comme dans les précédents jeux, Reigns The Witcher reprend sa formule classique, à savoir enchaîner les situations où il faudra swiper à gauche ou à droite pour faire un choix. Malgré son vœu pieux de neutralité, ce cher sorceleur finit toujours par se retrouver mêlé à des histoires qui le dépassent largement, et la chose colle plutôt très bien à la formule de la licence de Nerial. Selon si on « swipe » à gauche ou à droite, cela fera en effet monter ou baisser une des quatres jauges emblématiques des jeux Reigns (qui représentent ici les humains, les non-humains, les mages et les monstres).

Il faudra ainsi constamment jongler avec celles-ci tout au long d’une partie. Mais vider ou remplir une de ces jauges à fond sera généralement synonyme de fin de l’histoire, impliquant majoritairement la mort de ce pauvre Geralt d’une manière plus ou moins ridicule ou horrible. Remplir complètement la jauge de relation avec les humains va par exemple le forcer à être goûteur pour un concours de bière dans le village du coin, et ainsi le mener au trépas par abus de boisson.

Sur le papier, le gameplay de Reigns The Witcher se montre très simple à appréhender et à prendre en main, et on prend un certain plaisir sadique à voir dans quoi Geralt va mettre les pieds dans la prochaine histoire loufoque imaginée par Jaskier. Sauf que l’exercice devient à la longue très répétitif et frustrant, du fait d’une certaine contradiction dans le cheminement d’une partie. Idéalement, il faut en effet essayer d’obtenir trois étoiles dans une inspiration donnée pour la « compléter ». Mais certaines ne peuvent être terminées qu’à travers plusieurs dialogues ou situations très spécifiques.
Or, si on tombe sur ces passages précis alors que les jauges correspondantes sont trop vides ou remplies, il sera impossible d’avancer dans une inspiration précise, car cela mènera à la fin prématurée de la partie en cours. La tâche de « terminer le jeu » et de découvrir toutes ses fins (principale comme cachées) relève donc à terme d’une épreuve un peu pénible, si toutefois on part sur une longue session de jeu. Compte tenu de son format s’adaptant bien au mobile, le titre s’apprécie donc davantage dans le cadre de courtes parties, voire à coup d’une petite histoire de temps en temps, plutôt que sous forme de marathon. Quoi qu’il en soit, vous pouvez compter sur une bonne vingtaine d’heures pour arriver au bout du jeu… avec un peu de chance de votre côté.
Pirouette scénaristique et chasse aux monstres
Histoire d'apporter de la variété à l’expérience de jeu et ne pas juste passer son temps à swiper à gauche ou à droite en espérant aller le plus loin possible, Reigns The Witcher propose heureusement d’autres activités au fil d’une partie. D’une part, sorceleur oblige, notre cher Geralt va souvent avoir maille à partir avec des monstres. S’il sera parfois possible de gérer ces situations de manière pacifique, nous n’aurons d’autres fois pas d’autre choix que de devoir dégainer notre épée. Cela arrive notamment si on remplit à fond la jauge en lien avec les monstres, ou alors à l’issue de certaines inspirations en rapport avec des créatures qu’on doit chasser.

Dans un cas comme dans l’autre, ces affrontements prennent la forme d’un mini-jeu où il faudra déplacer Geralt au bas d’une sorte de damier, alors que des carrés nous arrivent dessus. Certains doivent être ramassés, comme les symboles de Signes de sorceleur ou d’épée, qui serviront à vaincre le monstre, tandis que d’autres comme les attaques adverses seront naturellement à éviter, au risque de perdre un cœur. Pour une meilleure prise en main et des déplacements plus précis, on vous conseille d’ailleurs, du moins sur PC, d’utiliser les flèches directionnelles plutôt que les clics de la souris. Cette partie du gameplay de Reigns The Witcher comporte d’ailleurs une certaine composante RPG : en battant un monstre donné la première fois, on débloquera des bonus permanents, comme plus de vies, de nouvelles attaques, et autres.
Ceci étant dit, ces combats deviennent également assez répétitifs à la longue, et certains s’avèrent inutilement difficiles. Les affrontements contre des « boss » présentent par exemple des vagues d’attaques quasiment impossibles à esquiver, qui se traduiront fatalement par une fin de partie si Geralt perd tous ses cœurs. Et il n’est pas garanti qu’on retrouve ces monstres majeurs qu’on souhaite occire de sitôt, selon les inspirations qu’on tire dans les prochaines parties, ou les situations auxquelles on fera face au fil d’une histoire donnée. Encore un point où la formule de Reigns The Witcher se montre un brin frustrante et tire l’expérience inutilement en longueur.
La réputation d’un barde en jeu
Plus ou moins rapidement selon si on arrive à faire durer au maximum chaque histoire de Reigns The Witcher, la réputation de Jaskier va continuer de grandir. Cela se traduira par une traditionnelle montée de niveaux en fonction de nos performances. Chacun permettra ainsi de débloquer de nouvelles inspirations, qu’il faudra donc essayer de monter à trois étoiles pour gagner encore plus d’expérience et de thèmes pour nos prochaines parties. Là encore, il se peut qu’on enchaîne les sessions courtes si on joue de malchance, ce qui va impliquer un gain de réputation très lent, et donc une certaine frustration dans notre progression. Heureusement, il suffit parfois d’une histoire durant suffisamment longtemps pour gagner plusieurs niveaux d’un coup, et ainsi se décoincer pour la suite.

À partir du niveau 12 de réputation, on va en parallèle débloquer une autre activité, cette fois avec ce cher Jaskier dans le rôle principal. Il sera dans ce cas question de contrats auprès de tavernes et seigneurs locaux. Le barde devra alors répondre aux requêtes de son auditoire en lui jouant une chanson. Pour cela, il nous faudra choisir les thèmes provenant des inspirations qu’on a débloqué au fil de la progression principale, et faire en sorte qu’elles répondent aux demandes de notre client.

Si on répond correctement à l’ensemble des requêtes, on gagne encore de l’expérience, en plus de déverrouiller d’autres inspirations à essayer de terminer dans nos prochaines sessions « classiques ». À l’inverse, répondre à côté à une demande signifiera qu’il faudra relancer une partie normale afin d'avoir le droit de réessayer. À noter que chaque contrat est « scripté ». On finira donc toujours par les terminer à force de les recommencer et de trouver les bons thèmes à utiliser.
Sur le papier, ce second mini-jeu entre à nouveau bien dans le thème de Reigns The Witcher et permet à Jaskier de briller d’une manière plutôt habile. Mais l’expérience souffre du même souci que le reste du jeu : un potentiel qui finit à force par s’essouffler. D’une part, l’effet de surprise s’estompe assez vite une fois qu’on a compris ce qu’il faut faire. D’autre part, il faudra sur les contrats plus longs et difficiles s’y prendre à plusieurs fois pour en venir à bout, et donc relancer après chaque échec une partie standard afin de retenter sa chance, qu’on le veuille ou non.
De plus, le fait qu'il n'existe finalement que deux autres mini-jeux pour tenter de varier les plaisirs s'avère un peu limité en termes de diversité. On aurait en effet aimé avoir d'autres choses à faire pour parfois passer outre la progression un brin frustrante de la boucle de gameplay principale.